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Devoirs de vacances

Nous vous proposons désormais des vacances très studieuses. En plus de la satisfaction d'avoir résolu une énigme, vous apporterez votre aide aux lecteurs du futur ! Au cours de tri et de classements, nous sommes tombés sur des documents non identifiés mais potentiellement très intéressants. Saurez-vous les aider à retourner dans leurs fonds d'origine?

Juillet-août 2016


En juillet, nous vous avons confié des listes électorales orphelines. Trois personnes ont identifié les trois communes concernées : Montagne, Bessins et Chevrières.

Photo d'une liste électorale à identifier


L'énigme d'août était apparemment plus compliquée puisque seul notre archiviste en charge des archives anciennes l'a résolue.

Photo d'une liste nominative à identifier

Il vous dévoile ici la solution :

Ces « devoirs de vacances » tenaient de la bouteille à la mer. Mais pour des documents d'origine communale des XVIe et XVIIe siècles, relevant de villes ou communautés assez importantes pour avoir deux consuls, ou une Grand'rue, comment ne pas supposer qu'une monographie ou un article ancien auraient déjà cité l'un ou l'autre consul, exacteur ou contribuable ici recensés ?

Une bonne part de ces publications se trouvant aujourd'hui - en corpus bien identifiés ou non, sous forme d'images numérisées avec reconnaissance optique de caractères ou non, ou encore sous forme de longue(s) citation(s) sur des pages d'informations historiques locales - « sur internet », il était bien tentant, à distance, de solliciter les moteurs de recherche familiers jusqu'à obtenir une réponse... tout en se fixant quelques bornes raisonnables. Pour l'Ancien Régime, surtout si des générations d'archivistes isérois avaient « séché », il fallait se situer à l'échelle du Dauphiné (départements actuels de l'Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes)... et en revanche ignorer les réponses plus lointaines ayant toute chance de n'être que des fausses pistes.

Premier document : Upaix sans doute

La recherche combinant de diverses façons les noms, prénoms et fonctions les plus saillants, avec ou sans date, a longtemps été vaine pour le premier document, même avec les deux capitaines, Pierre Besson et François Scey, consuls en 1595 et 1596. Seule certitude : la plupart des patronymes remarquables orientaient vers les Hautes-Alpes... mais aux quatre coins du département. L'indice déterminant est venu de deux lettres, « me », devant le nom de Pons Flour, consul en 1603 et 1607. « Maître » Pons Flour ? Un notaire d'Upaix au début du XVIIe s., cité de façon concordante par des ouvrages numérisés, un site généalogique, etc.

La recherche de confirmations sur le site des Archives départementales des Hautes-Alpes a permis de constater qu'une mince partie des minutes de Pons Flour y est conservée (cote 1 E 3973). Une liasse d'archives d'origine privée (cote 101 J 17 : archives des familles Carle et Gérard d'Upaix, actes notariés et jugements), numérisée et accessible sur le même site, tend à renforcer l'hypothèse. On y retrouve en effet plusieurs patronymes du rôle proposé à l'identification. La piste reste à confirmer à l'aide des archives de la commune d'Upaix ou d'autres...

Second document : Montélimar

Une « Grand'rue à commencer à Saint-Martin » ?... on aurait aimé meilleurs indices topographiques ! Ils permettent déjà toutefois d'écarter plusieurs villes (Grenoble bien sûr, Vienne, etc.), en incitant à sortir du département.

Pour le reste, même méthode, mêmes hésitations avec les syntagmes « prénom, nom, profession », soumis comme précédemment aux moteurs de recherche... jusqu'à s'arrêter sur « Joseph Coulhard, chirurgien », personnage assez notable pour donner un résultat intéressant. Il faut en effet suivre la proposition du moteur de recherche, en l'occurrence pertinente, puisque «lh » était bien une sonorité « mouillée » à l'époque moderne : Joseph Couillard, « maistre chirurgien juré du Montelimard, et operateur du roy » est l'auteur, dans les années 1630, soit à peine quelques années après le document de 1625 proposé à l'identification, d'au moins deux traités de chirurgie accessibles en ligne (sur le site de la BIU santé, sur Google Books, etc.).

Montélimar, alors que les autres patronymes sont aussi régulièrement drômois ? La piste est assez sûre et vérifiable : Grand'rue de cette ville, aujourd'hui Pierre Julien, était bien attenante à la Porte Saint-Martin, et abritait entre autres enseignes celle du Griffon citée à la dernière ligne donnée... Les autres pages du document, avec leurs autres patronymes possiblement connus, et avec leurs noms de rues, confirmeraient sans grand doute possible cette identification.

Question subsidiaire...

Comment et pourquoi donc ces archives se sont-elles retrouvées à Grenoble ? Rien d'extraordinaire en réalité : il est plus que vraisemblable qu'elles se sont échappées des ballots de procédures du Parlement de Grenoble, cour d'appel pour l'ensemble du Dauphiné, devant laquelle de nombreux contentieux liés aux impositions ont été portés aux XVIe et XVIIe siècles. On trouve régulièrement dans ce vaste fonds des rôles de taille de cette époque, à l'appui de dossiers de procédure.